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La post-édition : une vue à 360°

Aujourd’hui, on parle partout de traduction automatique et les attentes la concernant sont très fortes. Pourtant, parmi les prestataires de services linguistiques, l’étape qui la suit, la post-édition, reste méconnue. Voici des pistes de réflexion livrées par Françoise Bajon, CEO de Version internationale.

Le 7 juin 2019, à l’invitation de Julien Demarty, le nouveau président de la CNET (l’association française des sociétés de traduction), je suis intervenue sur la question de la post-édition (PE) lors de la conférence annuelle.

L’équipe de Version internationale a plus de dix ans d’expérience en PE. Nous avons été la société choisie par TAUS (Translation Automation User Society) pour élaborer son cours sur la PE en français. Lors de cette heure de présentation, j’ai partagé avec mes confrères et consœurs français certaines de mes idées et de nos pratiques.

Il est intéressant de noter que beaucoup ne maîtrisent pas encore très bien ce service. Des questions ont été posées sur les différents niveaux de PE, les modèles de paiement tant du côté du client que du fournisseur, l’impact du choix du moteur de traduction automatique sur la PE…

Mais ce qui reste le problème principal et, à mon sens, l’élément essentiel d’une PE réussie est de trouver les ressources adéquates, de les former et d’assurer leur suivi afin de s’assurer qu’elles fournissent la PE attendue. Et ce n’est pas chose aisée !

(Notez que j’ai utilisé à dessein le mot « ressource » pour couvrir tout l’éventail de personnes pouvant post-éditer, car la PE n’est pas nécessairement réalisée par des diplômés en traduction, selon le domaine, le type de PE ou d’autres facteurs.)

J’ai approché la PE sous ses différents angles. Les voici…

En ce qui concerne la PE « Qualité humaine », qui est celle que nous pratiquons en général chez Version internationale, il y a bien sûr un vrai défi. Les traducteurs expérimentés sont les candidats les plus évidents pour fournir un service premium. Cependant, ils ne sont pas très friands de cette activité, et certains de nos meilleurs freelances refusent souvent nos demandes s’ils ont le choix avec un autre travail. Les jeunes diplômés, qui sont plus adeptes des nouvelles technologies et considèrent qu’il s’agit d’une aide, au même titre que les outils de TAO (traduction assistée par ordinateur), n’ont souvent pas une maîtrise assez forte des langues source et cible et pas assez de recul pour réaliser de manière satisfaisante cette activité de « contrôle ». Nous devons donc déployer de nombreux efforts et faire quelques réglages pour les aider à réaliser le service que nous attendons d’eux. Nos réviseurs qui vérifient leur travail leur font des retours détaillés afin qu’ils s’améliorent. La PE ne peut pas vraiment être enseignée, car il s’agit essentiellement d’une activité qui s’apprend par la pratique, avec toutes les frustrations et les douleurs que cela implique des deux côtés (celui du freelance et celui du client).

Quel est le profil d’un bon post-éditeur ?

Pour résumer, sur le papier, la PE n’est pas une tâche pour des débutants, mais pour des professionnels qui sont plus mûrs et qui ont déjà une certaine pratique de la traduction. Ce qui amène une autre réflexion : comment les universités peuvent-elles former efficacement leurs étudiants à la PE en plus de tout ce qu’ils doivent déjà leur enseigner ? Comment les sociétés de traduction, lorsqu’elles embauchent ou bien sous-traitent à de jeunes diplômés peuvent-elles les amener rapidement au niveau de maîtrise nécessaire ? Ce n’est pas un service qui va disparaître d’ici peu : nous devrons désormais toujours intégrer les jeunes traducteurs et les transformer en post-éditeurs professionnels.

En outre, comme dans toute activité, il y a des profils mieux adaptés. Pour moi, un bon post-éditeur doit être un « fast thinker » (quelqu’un qui percute). Il s’agit d’une pratique qui exige constamment une prise de décision rapide (« je garde ou je jette ? »). Tout traducteur trop hésitant ne peut que peiner et par conséquent perdre de l’argent.

Un processus que nos clients doivent bien comprendre

La situation que je viens de décrire – la difficulté à trouver des post-éditeurs appropriés et efficaces – est un facteur important que les clients finaux doivent prendre en compte dans leurs attentes de réduction de prix lorsqu’ils passent d’un service de « Traduction + Révision » à celui de « PE + Révision ». Trop souvent la traduction automatique est considérée comme le substitut du « traducteur » et le post-éditeur comme « le réviseur ». Pour les sociétés qui livrent de la PE Qualité humaine, ceci n’est pas possible. Et encore plus si la société est certifiée ISO 17100. La traduction automatique et les outils d’aide à la traduction sont une assistance pour la traduction effectuée par un premier traducteur. Une seconde étape de révision est absolument nécessaire pour atteindre une qualité linguistique équivalente à de la « biotraduction » (traduction réalisée par un humain).  

Pour ajouter de la complexité, même ce qui est attendu en PE « légère » peut varier de manière significative d’un client à un autre. Il est donc essentiel de bien définir dès le départ les attentes avec le client et de les communiquer clairement au(x) post-éditeur(s).

J’ai apprécié le fait de pouvoir échanger avec mes pairs et espère que ma présentation très concrète et la discussion qui a suivi les a aidés à y voir plus clair dans notre futur. Ne doutons pas qu’il est ici aujourd’hui !

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